{"id":143,"date":"2022-12-12T18:29:00","date_gmt":"2022-12-12T18:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/aporia.ovh\/?p=143"},"modified":"2025-11-12T18:46:05","modified_gmt":"2025-11-12T18:46:05","slug":"les-moyens-de-la-vie-bonne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/2022\/12\/12\/les-moyens-de-la-vie-bonne\/","title":{"rendered":"Les moyens de la vie bonne"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>Philosophe, logicien et catholique, Peter Geach reprend la question des dispositions n\u00e9cessaires pour tenter de mener une vie bonne. Entre ironie et argumentation, son trait\u00e9 des vertus propose un discours \u00e0 la fois philosophique et religieux.<\/strong><\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un livre dont le titre est <em>Les vertus<\/em><sup data-fn=\"138cac16-4326-4ec9-8d85-13bdd0c6e395\" class=\"fn\"><a href=\"#138cac16-4326-4ec9-8d85-13bdd0c6e395\" id=\"138cac16-4326-4ec9-8d85-13bdd0c6e395-link\">1<\/a><\/sup> risque de susciter la m\u00e9fiance face \u00e0 ce qui pourrait se r\u00e9v\u00e9ler \u00eatre une \u00e9ni\u00e8me le\u00e7on morale. En r\u00e9alit\u00e9, dans son ouvrage, Peter Geach (1916-2013), professeur de logique \u00e0 Birmingham puis Leeds, pr\u00e9sente les dispositions dont tout \u00eatre humain aurait besoin pour avoir une vie bonne. Mais il ne pr\u00e9tend pas parler du point de vue de nulle part\u00a0: son argumentation vive et pr\u00e9cise d\u00e9fend une r\u00e9ponse catholique \u00e0 cette question des vertus n\u00e9cessaires pour atteindre nos fins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Philosopher en croyant<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Se pose donc imm\u00e9diatement une question\u00a0: en mati\u00e8re de religion, de quel type de discours philosophique avons-nous besoin dans l\u2019espace public<small>\u00a0<\/small>? La neutralisation des pouvoirs religieux n\u2019implique pas que tout discours fond\u00e9, au moins en partie, sur des pr\u00e9misses religieuses soit \u00e0 exclure. Le plus important est que le discours expos\u00e9 publiquement soit compatible avec les exigences de la vie commune, en particulier dans des soci\u00e9t\u00e9s pluralistes. Or, la France n\u2019est pas particuli\u00e8rement bien lotie. La la\u00efcit\u00e9 sert de porte-drapeau \u00e0 des discours identitaires et nationalistes, et la philosophie se partage bien souvent entre une histoire sacralisant les \u0153uvres et une pens\u00e9e qui rejette comme trop simplistes et fades les exigences rationalistes de clart\u00e9, de pr\u00e9cision et de rigueur des arguments. Un livre \u00e9crit par un professeur de logique d\u00e9fendant avec conviction, sur la base de sa foi en un dieu qu\u2019il dit \u00eatre amour, l\u2019importance d\u00e9cisive des sept vertus que sont la foi, l\u2019esp\u00e9rance, la charit\u00e9, la sagesse pratique, la justice, la temp\u00e9rance et le courage, n\u2019est pourtant pas si incongru.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr, les chr\u00e9tiennes et chr\u00e9tiens, catholiques ou non, y trouveront une r\u00e9flexion approfondie sur leurs croyances et sur la vie qu\u2019ils et elles peuvent et doivent mener. Pour les autres, dont l\u2019auteur de cette recension, l\u2019int\u00e9r\u00eat est de pouvoir lire une proposition de r\u00e9ponse \u00e0 une des questions \u00e9thiques et m\u00e9taphysiques les plus lancinantes \u00e0 travers l\u2019histoire de la philosophie et de l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: qu\u2019est-ce qui peut faire une vie bonne<small>&nbsp;<\/small>?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au nom d\u2019une bonne gestion de l\u2019espace public, une s\u00e9paration entre le discours pour le peuple chr\u00e9tien et celui pour la vie publique dans une soci\u00e9t\u00e9 pluraliste pourrait \u00eatre exig\u00e9e. Comme le disait Rawls, la raison publique permet de penser la justice de la structure de base de la soci\u00e9t\u00e9 et, pour la vie bonne, chacune et chacun est renvoy\u00e9.e \u00e0 sa propre conception du bien. Cependant, Rawls pr\u00e9cisait aussi qu\u2019un consensus par recoupement entre les conceptions raisonnables du bien existe et peut mener des personnes attach\u00e9es \u00e0 des projets de vie diff\u00e9rents \u00e0 s\u2019entendre sur des principes de justice communs. Bien qu\u2019il n\u2019aurait s\u00fbrement pas appr\u00e9ci\u00e9 d\u2019\u00eatre associ\u00e9 \u00e0 la th\u00e9orie de la justice rawlsienne, Geach pr\u00e9sente les quatre vertus cardinales \u2013 la justice, la temp\u00e9rance, le courage et la sagesse pratique \u2013 comme des besoins pour tous les \u00eatres humains pour qui la vie bonne suppose des projets de longue haleine aux conditions de r\u00e9ussite pr\u00e9caires (p. 64). Mais il pr\u00e9cise que les vertus th\u00e9ologales \u2013 la foi, la charit\u00e9, l\u2019esp\u00e9rance \u2013 sont tout aussi importantes, voire plus, et qu\u2019elles sont li\u00e9es aux vertus cardinales&nbsp;: comme disposition durable, la foi a ainsi besoin du courage qui lui-m\u00eame se renforce par l\u2019esp\u00e9rance, etc. Ainsi, les liens entre les vertus montrent qu\u2019un discours purement s\u00e9culier sur elles n\u2019exposerait pas ce qui est requis par la vie bonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Geach pratique la th\u00e9ologie philosophique qui porte sur des questions religieuses en les traitant en partie d\u2019un point de vue religieux et toujours selon des exigences philosophiques strictes. Ce quasi-rationalisme \u2013 la raison fait autorit\u00e9, mais n\u2019est pas l\u2019autorit\u00e9 ultime \u2013 fait que l\u2019ouvrage a un int\u00e9r\u00eat au-del\u00e0 de l\u2019espace communautaire chr\u00e9tien. En effet, Geach d\u00e9clare explicitement qu\u2019il fait tout pour exposer ses id\u00e9es de telle sorte que n\u2019importe qui les comprenne et puisse les juger lucidement et, quand cela n\u2019est pas possible, il indique qu\u2019il s\u2019appuie sur sa foi et qu\u2019il ne fera qu\u2019exposer son contenu et contester d\u2019\u00e9ventuelles objections. Le point est essentiel&nbsp;: Geach ne proclame pas sa foi en d\u00e9but d\u2019ouvrage pour ensuite d\u00e9rouler son propos. Il indique \u00e0 chaque fois si son argument doit pouvoir \u00eatre re\u00e7u conditionnellement \u2013 si Dieu est tel ou tel ou si vous croyez ceci ou cela, alors il s\u2019ensuit tel point \u2013 ou si son argument doit pouvoir convaincre quiconque, quelle que soit sa foi ou son absence de foi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le besoin des vertus cardinales<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chapitre 1 permet de comprendre le projet de Geach qui associe une m\u00e9taphysique non naturaliste et une \u00e9thique. L\u2019\u00e9thique n\u2019est pas qu\u2019une analyse du discours moral comme certains philosophes analytiques ont pu le croire un moment (Geach a prononc\u00e9 ces conf\u00e9rences et publi\u00e9 l\u2019ouvrage dans les ann\u00e9es 1970). Elle n\u2019est pas non plus un appel au sens du devoir dont seraient d\u00e9duites les diff\u00e9rentes vertus permettant de mieux le respecter. L\u2019\u00e9thique examine, comme Aristote l\u2019avait bien compris, la fin et les moyens, et les vertus sont les dispositions \u00e0 agir dont nous avons besoin pour atteindre notre fin derni\u00e8re. Geach reconna\u00eet que l\u2019identification de la fin derni\u00e8re n\u2019est pas tranch\u00e9e simplement par des moyens rationnels. Les vertus cardinales peuvent \u00eatre reconnues par tout \u00eatre humain ayant un minimum de sens moral, tandis que les vertus th\u00e9ologales comme la vertu de foi en un dieu amour trinitaire, incarn\u00e9, etc., n\u2019appara\u00eetront n\u00e9cessaires qu\u2019\u00e0 celles et ceux qui aspirent au salut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En exposant les vertus cardinales (chapitres 5 \u00e0 8), Geach aborde diff\u00e9rents probl\u00e8mes philosophiques majeurs. Ainsi, la sagesse pratique ou prudence<sup data-fn=\"3ae90a80-2ad7-4773-9663-b0d721a35f2b\" class=\"fn\"><a href=\"#3ae90a80-2ad7-4773-9663-b0d721a35f2b\" id=\"3ae90a80-2ad7-4773-9663-b0d721a35f2b-link\">2<\/a><\/sup> donne lieu \u00e0 une discussion du l\u00e9galisme selon lequel certaines lois morales doivent \u00eatre respect\u00e9es absolument, quelles que soient les circonstances. En cela, Geach s\u2019oppose au cons\u00e9quentialisme, notamment dans sa version la plus connue\u00a0: l\u2019utilitarisme. Il conteste la formule utilitariste demandant \u00e0 ce que le plus grand bonheur du plus grand nombre soit promu (p. 146-149), car la double exigence contenue dans la formule m\u00e8ne \u00e0 des absurdit\u00e9s. Quant au cons\u00e9quentialisme, il suppose qu\u2019il est possible de se repr\u00e9senter toutes les cons\u00e9quences d\u2019une action. Or, dans un cadre ind\u00e9terministe, tout choix produira des choix impr\u00e9visibles d\u2019autres personnes et donc des cons\u00e9quences impossibles \u00e0 anticiper et, dans un cadre d\u00e9terministe, la subtilit\u00e9 des causes d\u00e9terminantes les rendant pour partie inaccessibles, le choix ne peut pas tenir compte des cons\u00e9quences de l\u2019action choisie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 propos du courage, Geach insiste sur la pertinence durable de cette vertu. Souvent associ\u00e9e \u00e0 des mod\u00e8les militaires, elle a une valeur bien plus large. Comme il le rappelle, sans le courage des m\u00e8res qui ont accouch\u00e9, nous ne serions pas l\u00e0 et plus g\u00e9n\u00e9ralement, le courage reste une vertu dont nous avons besoin tous les jours. Mais une disposition \u00e0 agir n\u2019est courageuse que si elle a une juste cause. La pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 faire le mal m\u00eame face au danger n\u2019est pas digne d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9e courageuse. Il faut donc \u00eatre au clair sur les fins qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9es, ce qui nous m\u00e8ne aux vertus th\u00e9ologales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant de les \u00e9tudier, notons un point important. Les vertus cardinales sont un besoin que n\u2019importe qui peut reconna\u00eetre. Pourtant, m\u00eame s\u2019il montre le plus possible leur valeur pour quiconque, Geach en donne une pr\u00e9sentation qui emprunte avant tout \u00e0 la tradition chr\u00e9tienne, nous y reviendrons ci-dessous \u00e0 propos des vertus de justice et de temp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le besoin des vertus th\u00e9ologales<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re des vertus th\u00e9ologales est la charit\u00e9. Cet amour de Dieu et des autres pour aimer Dieu suppose que Dieu existe, sinon elle serait absurde. Mais le p\u00e9ch\u00e9 originel ainsi que les p\u00e9ch\u00e9s individuels ont s\u00e9par\u00e9 les humains de Dieu. Le dogme du p\u00e9ch\u00e9 originel est central pour l\u2019ouvrage. Geach ne pr\u00e9tend pas donner une explication parfaitement claire de ce myst\u00e8re. N\u00e9anmoins, le besoin des vertus est celui d\u2019humains qui sont pris dans une tendance \u00e0 faire le mal \u00e0 laquelle ils c\u00e8dent trop facilement, ce qui les s\u00e9pare de Dieu. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance des choix libres qui peuvent ou non favoriser la r\u00e9alisation de la fin ultime&nbsp;: le salut. Selon Geach, Dieu a donn\u00e9 les moyens suffisants \u00e0 chacune et chacun pour \u00e9clairer ses choix en vue du bien et, selon ces choix, Dieu r\u00e9pondra en offrant sa gr\u00e2ce ou non. Les p\u00e9cheurs confront\u00e9s \u00e0 des choix \u00e9thiques cruciaux pour leur vie bonne ont donc besoin non seulement d\u2019aimer, mais aussi de croire et d\u2019esp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La foi, seconde vertu th\u00e9ologale, r\u00e9v\u00e8le la fin derni\u00e8re et suppose un assentiment \u00e0 des propositions fondamentales, celles du Credo. La foi pour \u00eatre un croire <em>en<\/em> Dieu doit donc aussi \u00eatre un croire <em>que<\/em> Dieu existe, qu\u2019il est cr\u00e9ateur, etc., mais nul besoin d\u2019\u00eatre th\u00e9ologien pour comprendre suffisamment ces myst\u00e8res. \u00c0 la foi doit s\u2019ajouter l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une nouvelle vie sans p\u00e9ch\u00e9. Sans elle, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019ampleur du mal, il est probablement impossible de mener une vie \u00e9thique authentique puisqu\u2019il faut sans cesse combattre le mal, en particulier en soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour d\u00e9velopper ses r\u00e9flexions sur les vertus th\u00e9ologales, Geach ne s\u2019autorise pas simplement de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise catholique. Il pr\u00e9sente des d\u00e9fenses rationnelles de l\u2019importance, pour qui croit en un dieu amour, d\u2019un assentiment \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 sur ces questions et de la possibilit\u00e9 d\u2019atteindre la fin derni\u00e8re de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une ironie presque omnipr\u00e9sente ou le probl\u00e8me de Pascal<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon Geach, si tous les humains sont cr\u00e9\u00e9s libres et rationnels, ils peuvent tous, \u00e0 condition de faire de bons choix, \u00eatre sauv\u00e9s. Mais, il est peu probable et rien d\u2019\u00e9thique ne l\u2019impose, que beaucoup seront sauv\u00e9s. Le salut est une affaire individuelle et rare, m\u00eame si l\u2019on peut esp\u00e9rer et souhaiter que beaucoup d\u2019autres seront sauv\u00e9s. Au chapitre 6, Geach pr\u00e9sente la justice divine comme un mod\u00e8le pour la justice humaine qui doit \u00eatre \u00e0 son image, mais il limite imm\u00e9diatement la justice divine en pr\u00e9cisant qu\u2019elle ne vaut que pour le jugement dernier et que cet attribut divin n\u2019explique en rien la cr\u00e9ation. Cette derni\u00e8re est le lieu d\u2019une loterie (p. 188-189) o\u00f9 le mal et le bien sont distribu\u00e9s ind\u00e9pendamment de tout m\u00e9rite. Geach va plus loin en soutenant que m\u00eame les chances de salut ne sont pas n\u00e9cessairement distribu\u00e9es de mani\u00e8re \u00e9quitable. On a l\u2019impression que cette absence de justice distributive divine sert de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019absence de r\u00e9flexion politique sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En parall\u00e8le de cette absence de r\u00e9flexion sur les vertus politiques, la vertu de temp\u00e9rance est mise en avant. Certes, Geach ne joue pas au p\u00e8re-la-vertu comme le montre son avis mesur\u00e9 et plut\u00f4t tol\u00e9rant sur l\u2019ivresse et l\u2019usage de drogues. N\u00e9anmoins, l\u2019\u00e9thique sexuelle et l\u2019\u00e9thique du suicide, des pratiques priv\u00e9es et non publiques, enfin en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019int\u00e9ressent beaucoup plus que la vie civique. Apr\u00e8s avoir confess\u00e9 qu\u2019il avait d\u00e9fendu \u00e0 tort l\u2019\u00e9thique catholique en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la finalit\u00e9 naturelle de l\u2019organisme et des organes, Geach en revient \u00e0 la confiance dans la tradition chr\u00e9tienne qui ne peut avoir err\u00e9 sur des questions aussi importantes. Il tombe ainsi dans ce qu\u2019on pourrait nommer le probl\u00e8me de Pascal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dernier utilise toute sa puissance intellectuelle pour montrer les vices du monde et, comme Pascal, Geach ne manque pas d\u2019ironie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tous les vices humains. Cependant, il perd parfois toute ironie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019autorit\u00e9 de son \u00c9glise, comme Pascal qui exempte le catholicisme de tous les d\u00e9fauts de l\u2019humaine nature. La confiance en l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise catholique en mati\u00e8re d\u2019\u00e9thique sexuelle et de suicide contraste avec l\u2019ironie bienvenue contre les vices politiques et sociaux. L\u2019\u00e9thique de la vie la plus intime est ainsi fix\u00e9e par la tradition, car, pour ainsi dire, la raison comme l\u2019ironie ont abandonn\u00e9 la partie face au sexe et \u00e0 la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ouvrage est riche et nous n\u2019en avons donn\u00e9 qu\u2019un aper\u00e7u bien limit\u00e9. Jouant le jeu de la discussion publique argument\u00e9e sans renoncer \u00e0 son ancrage chr\u00e9tien et catholique, Geach nous offre une belle occasion de r\u00e9flexion sur la vie bonne, un don qui lui sera compt\u00e9 au jour du jugement, celui des philosophes tr\u00e8s certainement<small>\u00a0<\/small>; quant \u00e0 celui de Dieu, nous verrons bien<sup data-fn=\"392001ac-6c3d-4b15-875a-aefea5dfe712\" class=\"fn\"><a href=\"#392001ac-6c3d-4b15-875a-aefea5dfe712\" id=\"392001ac-6c3d-4b15-875a-aefea5dfe712-link\">3<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"138cac16-4326-4ec9-8d85-13bdd0c6e395\">Peter Geach, <em>Les vertus<\/em>, Vrin, Biblioth\u00e8que des textes philosophiques, 2022. Traduit de l\u2019anglais et pr\u00e9fac\u00e9 par Roger Pouivet. L\u2019ouvrage b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une tr\u00e8s utile pr\u00e9face, d\u2019une traduction claire et d\u2019une table analytique des mati\u00e8res permettant de se rep\u00e9rer facilement dans l\u2019argumentation. <a href=\"#138cac16-4326-4ec9-8d85-13bdd0c6e395-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"3ae90a80-2ad7-4773-9663-b0d721a35f2b\">Au sens latin du terme, et non au sens d\u2019\u00eatre plus ou moins timor\u00e9. <a href=\"#3ae90a80-2ad7-4773-9663-b0d721a35f2b-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"392001ac-6c3d-4b15-875a-aefea5dfe712\">Une version de cet article est paru sur le site de La Vie des Id\u00e9es. <a href=\"#392001ac-6c3d-4b15-875a-aefea5dfe712-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 3\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Philosophe, logicien et catholique, Peter Geach reprend la question des dispositions n\u00e9cessaires pour tenter de mener une vie bonne. Entre ironie et argumentation, son trait\u00e9 des vertus propose un discours \u00e0 la fois philosophique et religieux. Un livre dont le titre est Les vertus risque de susciter la m\u00e9fiance face \u00e0 ce qui pourrait se<\/p>\n<div class=\"more-link\">\n\t\t\t\t <a href=\"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/2022\/12\/12\/les-moyens-de-la-vie-bonne\/\" class=\"link-btn theme-btn\"><span>Read More <\/span> <i class=\"fa fa-caret-right\"><\/i><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":"[{\"content\":\"Peter Geach, <em>Les vertus<\/em>, Vrin, Biblioth\u00e8que des textes philosophiques, 2022. Traduit de l\u2019anglais et pr\u00e9fac\u00e9 par Roger Pouivet. L\u2019ouvrage b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une tr\u00e8s utile pr\u00e9face, d\u2019une traduction claire et d\u2019une table analytique des mati\u00e8res permettant de se rep\u00e9rer facilement dans l\u2019argumentation.\",\"id\":\"138cac16-4326-4ec9-8d85-13bdd0c6e395\"},{\"content\":\"Au sens latin du terme, et non au sens d\u2019\u00eatre plus ou moins timor\u00e9.\",\"id\":\"3ae90a80-2ad7-4773-9663-b0d721a35f2b\"},{\"content\":\"Une version de cet article est paru sur le site de La Vie des Id\u00e9es.\",\"id\":\"392001ac-6c3d-4b15-875a-aefea5dfe712\"}]"},"categories":[24],"tags":[52,50,51,53],"class_list":["post-143","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lectures","tag-foi","tag-geach","tag-vertu","tag-vie-bonne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=143"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":148,"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions\/148"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aporia.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}